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Etude consultative dans un village divisé par un projet éolien

[vc_row][vc_column][vc_row_inner][vc_column_inner][vc_column_text]Interview de Sylvain Gautier, étudiant ayant réalisé dans le cadre de son Master en ingénierie des territoires une étude intitulée:

« Étude consultative au service d’une définition stratégies-actions au sein de la commune de Festes et Saint André (11). Un exercice de démocratie participative dans un cadre conflictuel. »

Projet encadré par Juliette Théveniaut : sociologue et accompagnatrice de projet de territoire.

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  • Bonjour Sylvain. Quel était le contexte pour ce projet éolien à Feste et Saint André ? Qui était mandataire de l’étude ?  

Le projet éolien est en cours de développement dans ce village depuis quelques années. Désiré par le conseil municipal depuis son élection, différents promoteurs ont été passés en revue. Le conseil s’est arrêté sur l’entreprise Valorem car selon eux, cette entreprise jouissait d’une bonne réputation et ne rechignait pas à négocier les différentes conditions du projet.

Cependant, au fil du développement, des avis divergents sont apparus au sein du village. Apprenant qu’une promesse de bail avait été signé par la mairie, une partie des citoyens opposants au projet se sont fédérés en une association.
De plus, un des propriétaires se retirant du projet, celui-ci ne devait plus voir 5 éoliennes, mais 4 d’une plus grande hauteur. En ces conditions, le conseil municipal ne désirait plus poursuivre. C’est alors qu’est né le besoin d’explorer les solutions face à cette situation bloquée.

  • Quels étaient les objectifs ?  

Travailler à une étude consultative afin d’aider le conseil municipal à définir ses futures actions. En sondant la population via des questionnaires et entretiens, il s’agissait d’établir pour différentes thématiques un recueil et une synthèse des avis, besoins et propositions des habitants à propos du projet éolien mais aussi sur d’autres thématiques comme l’urbanisme.

  • Cela a duré 4 mois. Concrètement qu’as-tu fait ? 

Nous avons défini les objectifs de l’étude et la méthodologie à adopter à partir de deux ateliers, un avec le conseil municipal, puis un avec les citoyens. Ces derniers étaient conviés à proposer des questions, voire des thématiques, que l’étude devait aborder.
Puis construction d’un questionnaire (anonyme) et d’une grille d’entretien.

J’ai ensuite assuré la distribution, le recueil et la synthèse des questionnaires qui nous ont été retournés (taux de participation d’environ 30% de la population).

Parallèlement, j’effectuais mes entretiens avec les citoyens du village et en réalisait également la synthèse.

Lors de la réunion de définition de l’étude, des habitants ont proposé que l’on interroge les enfants sur ces questions. J’ai donc effectué un atelier au sein de l’école primaire avec les enfants du village afin de connaitre leurs avis et propositions. Un travail particulièrement intéressant, les enfants avaient d’excellentes propositions.Enfin j’ai restitué tous ces résultats « bruts » ainsi que notre analyse lors d’une réunion publique début juillet.

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  •  A la lecture de ton travail, on voit l’importance de la circulation de l’information. Les habitants étaient-ils tous informés du projet ? Par quel canal l’information avait elle-été diffusée ? Quels moyens de communication (officieux ou officiels) se sont développés ?

En effet l’information est cruciale dans ce genre de projet et j’ai pu comprendre au fil de mes entretiens qu’il y avait eu un « défaut » d’information. Malgré les réunions publiques organisées par la mairie et Valorem, et la communication au sein du journal local « La puce à l’oreille », certaines personnes ont été informées d’une autre manière de l’effectivité du projet. Soit en voyant les quelques travaux initiés, soit par l’intermédiaire d’une personne du village qui entreprit d’informer ses concitoyens. Une personne opposée à la technologie éolienne, créant ainsi des biais que l’on peut imaginer.
Avec la création du « journal » de l’association opposante au projet, « L’Echo de la Corneilla », un nouveau flux d’information apparaissait. Celui-ci aussi orienté.

Mais j’ai pu constater aussi qu’à travers le journal local, un véritable débat s’était construit durant l’été 2017 entre les citoyens. Donnant leurs avis, leurs interrogations, leurs impressions sur la question. J’ai bien sûr peu d’expérience sur ce sujet, mais je trouve cela assez particulier et bénéfique.

 

  • Pour votre étude, comment avez-vous communiqué ? 
Lorsque nous voulions communiquer à la population, la distribution de papiers d’invitations était faite par les conseillers municipaux ou par mes soins en porte à porte.
  •  Tu développes la question de l’acceptabilité sociale. Pourquoi, selon toi, il n’est plus possible qu’un projet qui « tient la route techniquement et économiquement » voit forcément le jour ?

De nos jours et depuis le processus de décentralisation, la manière dont les politiques publiques procèdent a évolué. Elles sont devenues plus processuelles. C’est-à-dire qu’elles intègrent de nouveaux outils de consultation, de concertation, d’aller et retour, afin d’intégrer au mieux la vision des citoyens devenus plus concernés par les projets qui émergent sur leur territoire.

Dès lors que le processus de décision se rapproche du local, il faut penser acceptabilité sociale. L’acceptabilité sociale doit se comprendre comme un travail politique entre les acteurs du territoire qui ont choisi de voir tel projet se développer chez eux, et les promoteurs de ce projet. Je pense que notre étude contribue à cette définition des acteurs. Qu’est ce que nous voulons pour notre territoire?

 

  • Le travail que tu as fait est un travail de consultation. En deux mots, quelle est la différence entre consultation et concertation ?

La concertation est un de ces mots trop souvent utilisés par les pouvoirs publics ou les promoteurs pour labelliser un projet. Parfois confondu avec la consultation.

La concertation doit intégrer la consultation. Mais pas seulement. Elle est un processus plus large qui suppose la co-construction de l’action et de la décision.

Je pense donc que notre étude participe au processus de concertation par sa contribution consultative. Si dans le futur un projet est initié par le conseil municipal sur la base de notre travail, il serait le fruit d’une véritable concertation.

 

  •  Finalement, sans de féroces oppositions qui ont conduits à une ambiance de conflit entre de nombreux habitants, il n’y aurait pas eu de consultation Les anti-éoliens, une aubaine pour la démocratie locale ?

Bien entendu. La démocratie suppose l’expression des contradictions. Si dans un village tout le monde est d’accord, vous n’êtes certainement pas dans une démocratie. Le conflit est une étape incontournable d’un processus de concertation, voir nécessaire.

Toute la question est de savoir comment passer d’un conflit stérile, qui ne voit que s’opposer des parties qui essayent d’imposer leurs points de vue, à un conflit concertatif comme le nomme Jean-Eudes Beuret, qui permettrait de faire progresser le processus de concertation. C’est ce qu’à mon sens, l’étude a permis de faire.

  • Suite à ce travail, où en est la commune dans cette démarche de démocratie participative ? Et le projet éolien ?

Je ne suis pas retourné à Festes-et-Saint-André depuis la soutenance de mon mémoire pour observer les suites données à notre étude. Cependant le conseil municipal et le maire s’était engagé à suivre les résultats produit. Il serait en effet très intéressant de suivre ce que le conseil fera dans les mois et années à suivre.

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Le mémoire de Sylvain. A consulter ici.

Il dépeint bien les spécificités d’une commune rurale de l’Aude, occupées par des « néo-ruraux » et des « natifs », aborde aussi les questions de légitimités, des « Green against green » et bien d’autres choses encore !
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