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Transition énergétique et revendications démocratiques, même combat ?

Gilets jaunes : un mouvement pour la démocratie énergétique

Le 17 octobre 2026, marquait le retour des mobilisations des  “gilets jaunes”, plus de 8 ans après le début du mouvement, né spontanément de la contestation d’une taxe carbone perçue comme injuste et punitive. 

Pour notre mouvement, ces mobilisations posent une question fondamentale : comment réussir une transition énergétique juste et démocratique ?

La hausse qui a mis le feu aux poudres

En 2018, des dizaines de milliers de personnes se retrouvent sur des ronds-points.

A l’entrée des grandes villes, à la campagne, sur les péages d’autoroute. Ils et elles, gilets jaunes sur le dos, refont le monde autour d’abri en bois de palette et de système D pour se chauffer alors qu’il fait parfois zéro degré. La détermination et la colère qui les habitent est née d’un projet de hausse de la taxe carbone.

La hausse prévoyais que la Contribution Climat Énergie (dite taxe carbone) passerait de 44,6 €/t CO2 à 55 €/t CO2 en 2019, une hausse profondément injuste puisque augmentant encore les charges de déplacement des ménages les plus dépendants de leur voiture. La taxe revenait à une augmentation directe à la pompe d’environ 6,5 centimes par litre de gazole. Concrètement, pour un ménage effectuant un plein de 50 litres par semaine, cela représentait une facture supplémentaire de plus de 170 € par an, uniquement liée à cette taxe.

Une hausse de la CEE impacte directement ces ménages qui font partie des plus précaires et qui ne disposent souvent d’aucune alternative pour leurs déplacements quotidiens. 

La mobilisation des Gilets Jaunes a été l’occasion de visibiliser les inégalités d’accès aux services publics, aux transports en commun, et l’isolement causé par la fermeture des petites lignes de chemin de fer, qui impliquent une dépendance accrue à la voiture sur les territoires ruraux ou périurbains et donc aux énergies fossiles. 

De l'énergie à la démocratie

La hausse de la taxe carbone et l’impensé gouvernemental autour de l’impact que celle-ci aurait sur les ménages les plus dépendants de leur voiture relève une fracture territoriale et sociale entre les franges urbaines et favorisées de la population, et les habitant·es du rural ou du péri-urbain.

Au fil des mois de mobilisation les revendications s’élargissent et viennent soulever une aspiration largement partagée  de démocratiser le débat public et le système politique français. La revendication phare du mouvement devient l’instauration du Référendum d’Initiative Citoyenne et, avec elle, le souhait d’une démocratie directe.

© O.Ortelpa

Le besoin de « démocratiser la démocratie » vient croiser les revendications économiques et sociales qui demandent des mesures pour contrer le déclassement ressenti par une partie de la société. 

Paroles, paroles, paroles ou le projet d'un "Grand débat national"

Pour éteindre la contestation, l’exécutif lance le « Grand Débat National » (de décembre 2018 à mars 2019). Réunions publiques, plateforme en ligne et cahiers de doléances en mairie : la participation est massive. Pourtant, la promesse de rendre publique l’ensemble de ces contributions reste lettre morte. Les cahiers finissent aux archives départementales ou à la BnF, réservés aux seuls chercheurs. En 2025, une étude de la Fondation Jean-Jaurès pointe le mépris d’État qui a conduit à cet abandon, alimentant un peu plus la fracture démocratique. 

Pour clôturer ce “grand débat” Emmanuel Macron annonce quelques mesures qui répondent selon lui à ce qui a été soulevé durant ses rencontres avec les français, la revalorisation du SMIC, l’indexation des retraites sur l’inflation mais également des réformes plus profondes comme une réforme du référendum d’initiative citoyenne. Il lance aussi un exercice à l’époque inédit à cette échelle, la convention citoyenne pour le climat. 

« La création d’une assemblée citoyenne figurait parmi les premières revendications que nous avons portées sur notre page [Facebook] La France en colère, souligne Priscillia Ludosky, figure de proue du mouvement des gilets jaunes en 2018. C’est ça qu’il aurait fallu créer en janvier, à la place du grand débat. »

Convention citoyenne pour le climat : un exercice de démocratie participative inédit et sans filtre, finalement filtré.

Certaines des annonces du président sont restées lettre morte (comme la réforme du RIC), mais la convention citoyenne pour le climat a bien eu lieu. Après avoir été tirés au sort, 150 citoyens représentatifs des catégories sociales et territoriales de la France, ont été formés sur les sujets liés au réchauffement climatique et ont pu auditionner des experts de leur choix. “Les 150” ont été invités à débattre et rédiger des propositions de loi. Ils en ont rédigé 150, puis en ont rejeté une d’eux-mêmes : la réduction du temps de travail de 35h à 28 h sans perte de salaire (rejetée à 65 % car jugée trop clivante et hors-sujet par rapport au climat).

Ces 149 mesures devaient, selon la promesse de l’exécutif, être déposées au Parlement “sans filtre”. Le président a posé son “joker” sur plusieurs d’entre elles (notamment une taxe de 4 % sur les dividendes ou encore l’abaissement de la vitesse sur autoroute de 130 à 110 km/h).Certaines propositions ont été reprises en intégralité, certaines en partie et d’autres ont été rejetées par le gouvernement. Le bilan est très éloigné de la promesse de l’envoi “sans filtre” des propositions vers le Parlement. 

© Godefroy Paris

Former, écouter et laisser discuter pour réussir la transition ?

Et pourtant, les membres de la Convention Citoyenne pour le Climat ont l’air d’avoir trouvé un chemin réaliste pour répondre à notre question introductive. En formant 150 citoyens aux questions climatiques et environnementales ils et elles ont proposé des mesures concrètes et ambitieuses sur tout autant de questions que la production, les transports, le logement ou même la Constitution. Parmi les mesures, on peut retrouver une proposition de plus grand soutien aux énergies renouvelables et le développement de l’autoconsommation. Selon le média Contexte, ces propositions ont été “partiellement reprises” par le gouvernement. 

La Loi Climat et résilience, promulguée en août 2021 a été en partie rédigée à partir des propositions des 150 de la Convention Citoyenne pour le Climat.

En décembre 2020 lors de son envoi au Conseil d’Etat le député Mathieu Orphelin s’interrogeait quant aux objectifs du gouvernement en rendant une proposition de loi pareille « La copie rendue par l’exécutif est loin d’être satisfaisante. On s’oriente même vers un vrai gâchis. Le gouvernement cherche-t-il à gagner du temps ? À discréditer le processus ? ».

Malgré l’ambition déjà très limitée du texte, 5 ans après le bilan est amer “Presque toutes les mesures [de la loi Climat et Résilience] ont été détricotées ou sont en passe de l’être. » témoigne Jean Buckard du Fonds mondial pour la nature WWF France auprès du Monde.

L'énergie est notre avenir, débattons-en !

Remettre de la démocratie et de la discussion dans l’énergie, ça fonctionne ! Les collectifs citoyens producteurs d’énergies renouvelables le prouvent jour après jour. La démocratie directe se cache aussi dans la démocratie coopérative : l’énergie citoyenne met à l’œuvre, par la propriété collective et le principe “1 personne = 1 voix” la preuve qu’on peut agir sur l’énergie depuis les territoires et en réseau. 

Il est certain, par contre, que la transition énergétique est traversée de controverses au vu du monde complexe dans lequel on évolue : 

  • Faut-il miser sur l’hydrogène vert pour stocker l’énergie d’une saison à l’autre ? Ou est-ce, au final, une fuite en avant technologique, voire un mirage trop coûteux ? 
  • Comment développer un mix avec des sources renouvelables tout en garantissant notre souveraineté alimentaire ? Mettre des panneaux sur des terres à vocation agricole est-il compatible avec la résilience territoriale ? 
  • Réduire les consommations d’énergie est indispensable : mais faut-il surtout miser sur la sobriété ou se concentrer sur des usages plus efficaces (rénovation, mobilités collectives, etc.) ? 

 

Ces questions sont celles qui devraient occuper les débats. Pourtant, il est souvent difficile d’ aller plus loin que les idées reçues autour de l’éolien ou du photovoltaïque.  Pour permettre une vraie discussion sur comment faire les bons choix pour une transition énergétique réussie en 2050, ECLR a développé les ateliers Energie-Mix, en 3h venez discuter d’énergie loin des débats stériles habituels, en se posant les bonnes questions et avec de vrais ordres de grandeur. 

Pour suivre une actu ECLRée
sur la transition énergétique citoyenne en Occitanie